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Discours de Sylvie Peltier, Présidente de l'APFC, lors de la 10ème Assemblée générale annuelle, tenue le 30 juin 2010 à Ottawa.

Ottawa, le 30 juin 2010


Chers membres,


Je suis très heureuse d’être ici aujourd’hui, pour notre 10e AGA. Dès que j’ai connu l’existence de l’APFC au début des années 2000, j’ai été impressionnée par son travail et celui de ses membres, et c’est vraiment un honneur pour moi d’en être maintenant la présidente.

Aujourd’hui, plutôt que de vous parler de ce que nous avons accompli durant l’année écoulée, sujet qui sera couvert par Natalie McNeil, notre directrice générale, j’aimerais partager avec vous les enjeux et les défis auxquels nous faisons face en tant que producteurs francophones vivant en situation minoritaire, et évoquer la manière dont ceux-ci se manifesteront dans le travail de l’APFC.

En effet, à la lumière du bilan de nos dix premières années d’existence, l’Alliance des producteurs francophones du Canada pourrait déclarer « Mission accomplie! ». Mais nous entamons une nouvelle décennie où la place grandissante des nouveaux médias et les profondes mutations technologiques vont redéfinir toutes les composantes du système canadien de radiodiffusion et établir un nouveau paradigme auquel les industries du film, de la télévision et du multimédia devront s’adapter.

Notons dans un premier temps des enjeux et des défis communs à toute l’industrie de la production francophone canadienne, soit la migration des habitudes d’écoute vers les plateformes de diffusion numérique, la convergence des moyens de diffusion et la complexité de la question des droits de diffusion Internet; mais aussi l’érosion des politiques de radiodiffusion publique par des mesures de performances d’auditoire privilégiant les lois du marché; un modèle d’affaires pour les contenus multiplateformes à penser, en tandem avec un système de financement public des productions multiplateformes qui fragilise le financement des productions linéaires; enfin, la prédominance de l’anglais pour tout ce qui concerne Internet et les diverses déclinaisons s’y rattachant qui met les contenus francophones également en concurrence avec les contenus anglophones.

À ces enjeux communs, j’ajouterais quatre enjeux propres à notre production en situation minoritaire.


1. Appui et pérennité du financement à la production francophone en milieu minoritaire

  • Les grandes politiques publiques qui régissent la production et la radiodiffusion doivent continuer d’incarner les principes fondamentaux et les garanties constitutionnelles de notre pays : l'égalité linguistique, le respect des minorités, le contenu canadien et le reflet de ses régions.

  • Nous craignons que des mesures de performance d’auditoire reflétant les lois du marché n’érodent les politiques de radiodiffusion publique. Le succès des productions émanant de l’extérieur du Québec ne peut pas seulement se mesurer par le rendement sur le capital investi, les cotes d’écoute ou la revente sur d’autres marchés.

  • Plus précisément, les nouvelles règles du FMC nous permettent de craindre l’érosion graduelle des objectifs de politique publique en faveur de cette logique des cotes d’écoute et de lois du marché.

  • L’absence de financement et d’implication de nombreuses provinces reste un frein majeur pour nous. Ainsi, plusieurs projets se retrouvent éligibles seulement aux subventions fédérales et ne peuvent boucler leur structure de financement en raison d’une absence de participation provinciale. Par exemple, en Colombie-Britannique, la province n’investit pas dans la production télévisuelle, alors que la structure du programme de crédit d’impôt décourage les coproductions avec d’autres provinces canadiennes.

  • Quant au financement des contenus convergents, les programmes de financement fédéraux et provinciaux ne sont pas encore suffisamment adaptés pour soutenir cette innovation, et les négociations liées aux droits de diffusion viennent à peine de commencer.


  • 2. Les programmes d’appui et les structures d’accompagnement et de développement

  • Il sera toujours difficile pour les milieux francophones du Canada de faire compétition à l’industrie québécoise, de la même façon qu’il est difficile pour les régions de la France de faire compétition à Paris.

  • La survie de l’industrie au Canada français passe donc par les structures d’accompagnement. À titre d’exemple, les initiatives PICLO constituaient un levier qui permettait aux agences culturelles de soutenir notre industrie.

  • La fin de l’enveloppe dédiée spécifiquement aux communautés francophones chez Téléfilm reste inquiétante, bien que nous ayons la confirmation que les productions franco-canadiennes ne seront pas oubliées dans le plan stratégique à venir, et que l’agence culturelle veillera à une juste représentation de ces communautés dans ses programmes. Il faut maintenir les efforts si l’on veut qu’il soit possible de faire un long métrage en français en demeurant dans les régions du Canada, sans migrer vers Montréal.


  • 3. Les créneaux de diffusion des productions franco-canadiennes

  • La logique de marché imposée aux télédiffuseurs publics entraîne également un faible intérêt des médias québécois et des antennes réseaux des diffuseurs nationaux pour la production du Canada français, accentuant le manque de connaissance et de curiosité du public québécois envers la francophonie canadienne et créant un cercle vicieux qui contribue à l’isolement des communautés francophones en milieu minoritaire.

  • Cette logique de marché fragilise la demande pour nos projets et se manifeste dans la quantité de projets commandés, tout comme dans la place qui leur est attribué dans les grilles horaires. Force est de constater que les projets en provenance de ces communautés trouvent difficilement leur place dans la grille horaire réseau des télédiffuseurs publics, dont la programmation aux heures de grande écoute, vise un auditoire essentiellement québécois.

  • L’augmentation des créneaux de diffusion, tant dans la grille horaire des diffuseurs publics que sur les chaînes régionales ou le réseau national de la SRC demeure donc, encore aujourd’hui, un enjeu incontournable pour la production en milieu minoritaire.

  • Les télédiffuseurs privés n’ont pas d’obligations règlementaires à l’égard des communautés, ce qui limite considérablement la prise de risque envers nos productions.

  • S’ajoute à ces difficultés, le besoin d’intéresser les télédiffuseurs à investir dans une déclinaison multiplateforme des projets proposés afin de combler le manque à gagner dans le financement de ceux-ci.

  • On pourrait craindre, à très court terme, de voir l'argent se diriger seulement vers les émissions à succès d'auditoire assuré, négligeant les créations ne répondant pas à ces critères de commercialisation. Il ne serait pas souhaitable d’aller vers un aplanissement de l’offre de contenu, négligeant la diversité des voix et la présence d’un contenu culturel francophone originaire, original et créatif.



  • 4. Maintien d’une masse critique d’artistes, d’artisans et de personnel de production francophone dans toutes les régions du Canada

  • La capacité de nos entreprises de productions à faire preuve d’innovation et à se développer est directement liée à leur accès à une main-d’œuvre hautement qualifiée.

  • L’accès en région à un bassin de ressources humaines francophones formées et qualifiées, en nombre suffisant pour constituer des équipes performantes, est un enjeu crucial pour l’avenir de l’industrie dans les communautés.

  • De surcroît, l’accès à une main-d’œuvre ayant acquis les compétences et l’expertise nécessaires à créer, produire et développer des contenus numériques reste un défi de taille.

  • L’accès à de la formation initiale ou continue en français est pratiquement inexistant. Il y a peu ou pas de programmes de formation et d’occasions de développement professionnel en français, au Canada français.


  • Par conséquent, il pourrait s’avérer plus difficile pour les producteurs francophones œuvrant en milieu minoritaire de jouer leurs rôles si l’on ne s’assurait pas qu’ils puissent attirer et garder les travailleurs compétents dont ils ont besoin pour développer leur entreprise et participer activement à la richesse de notre industrie.


  • En conclusion, lorsque l’on considère les enjeux et les défis auxquels l’industrie fait face et que l’on ajoute ceux qui sont propres à notre situation, la mission de l’APFC reste essentielle à la survie et à l’épanouissement de la production de contenus télévisuels, cinématographiques et multiplateformes canadiens.

    Il est fondamental de donner tout l’appui nécessaire aux producteurs francophones vivant en situation minoritaire pour qu’ils puissent se réaliser et participer pleinement au développement de l’industrie canadienne. Nous sommes prêts à faire face à ces nouveaux défis, mais pour ce faire, il faut que nous soyons soutenus dans la création d’un contenu distinctif à distribuer sur toutes les plateformes.

    L’APFC devra poursuivre son travail auprès du ministère du Patrimoine canadien et des instances gouvernementales que sont le Fonds des médias du Canada, Téléfilm Canada, l’Office nationale du film et le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. Elle devra trouver des appuis dans sa mission pour un financement adéquat, une diffusion diversifiée et des règles justes et équitables, en mettant l’accent sur des politiques conçues pour avoir des effets structurants.

    Afin de participer pleinement au nouveau paysage qui se dessine, je propose que nous discutions plus précisément des questions suivantes :

    1) Évaluation du nombre d’heures de programmation par chaîne qui serait nécessaire pour avoir un impact sur le paysage culturel du pays et faire que nos communautés puissent se retrouver à l’écran pour un support accru de nos productions.

    2) Maintien des structures de formation, à l’exemple de celles offertes par Téléfilm Canada, et développement d’une offre de formation en collaboration avec l’APFC.

    3) Mise en place d’initiatives structurantes, à l’exemple des programmes PICLO, afin de permettre le développement de notre industrie.

    4) Offre d’une formation en production de contenu numérique interactif, afin que nous puissions avoir un accès représentatif aux financements offerts pour les médias numériques.

    5) Accès à de la formation initiale ou continue en français en région.


    En vous remerciant de votre participation, je suis ravie que nous puissions débattre ensemble de ces enjeux et de ces défis.

    Sylvie Peltier
    Présidente
    Alliance des producteurs francophones du Canada




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